« Un rêve étrange et pénétrant » : Paris matière poétique

, par Stephane Paties-Gorizza

 

 

 

 

 

« Un rêve étrange et pénétrant » : Paris matière poétique

Salle Noether (aile Rataud)

Les mardis 12 et 26 octobre,
9 et 23 novembre,
7 et 14 décembre 2021

17h-19h

 

Organisateurs : Pierre-Éloi Moreau (3A) et Solenn Lacombe (3A), département Littératures et langage

 

 

Ce séminaire a pour double enjeu de découvrir une part du Paris IMG/jpg/affiche_se_minaire_page-0001.jpglittéraire qui nous environne et de lire la manière dont la capitale peut influencer des esthétiques. Comme ville perpétuellement moderne du fait du mouvement qui anime ce lieu de passage, ville également de rayonnement culturel et artistique, et de centralisation politique et économique, Paris semble vivre à toute vitesse et cacher à la fois le cœur le plus authentique de la culture littéraire française tout en s’affirmant comme lieu de l’artifice. C’est cette posture paradoxale qu’il s’agit de questionner. Divers écrivains l’ont décrite, mais la fin du XIXe siècle offre une approche intéressante parce que particulièrement littéraire : l’essor du monde du spectacle en parallèle de la réorganisation haussmannienne de la capitale donne lieu à des productions poétiques originales qui tentent de reprendre un foisonnement typiquement parisien, tout en palliant la disparition d’une histoire unique, du fait des chantiers d’Haussmann, par la reconfiguration poétique d’une ville entre tradition et modernité. Lieu d’inspiration, Paris est à la fois un espace décrit qui renaît différemment sous la plume des auteurs, et un espace mythique qui donne à l’écriture une poésie singulière, façonnant notamment une poétique de la réunification du moi et du monde fragmenté. On tentera dès lors de proposer une plongée dans le Paris de la « fin-de-siècle », en suivant les arabesques des styles de Verlaine, Claudel et Huysmans en particulier : ces auteurs ont une approche originale et souvent inattendue de la capitale qui nous permet d’en souligner le poids symbolique.

 

 

1° séance : Introduction esthétique à une ville mythique (Balzac, Hugo, Flaubert, Baudelaire, Zola, …) [1 séance]

La ville de Paris est un abîme d’inspiration pour les écrivains parce qu’elle donne sans cesse à voir des nouveautés, même pour le flâneur parisien le plus assidu. C’est le lieu de la discontinuité, de la rencontre, du hasard ; de la mise en scène, de l’artifice, du mensonge ; de l’art, de l’écriture, de la peinture ; de l’initiation, de la découverte, de l’apprentissage ; de la pauvreté, de la richesse, de la spéculation ; de l’émeute, du crime, de l’agitation ; de la flânerie, de l’observation, de l’acculturation. Paris a trouvé ses lettres de noblesse auprès d’écrivains importants, depuis Balzac et sa minutie du détail dans la description, à Zola et son implacable naturalisme expérimental non dénué de mythification, toutefois, en passant par l’idéalisme hugolien, la puissance psychologique de l’écriture de Flaubert et l’incontournable poésie en prose de Baudelaire.

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2° séance : Paris, miroir réfléchissant du moi : le regard d’un poète (Verlaine) [2 séances]

Verlaine n’a pas passé comme une ombre à Paris ; habitant dès 1851, lorsque ses parents s’y installent, puis de retour en 1882 jusqu’à sa mort après une dizaine d’années errantes, il y puise une certaine inspiration qui n’a pas une place minime dans sa poésie mélancolique et ironique. On voudrait justement s’attacher à replacer Paris parmi les lieux d’inspiration poétique essentiels dans l’œuvre de Verlaine, et montrer comment l’être en quête de lui-même se questionne à travers l’expérience d’une relation au monde. Dans son caractère discontinu, la capitale est un biais privilégié d’approche de l’être verlainien : la lumière artificielle de Paris éclaire avec justesse les méandres du moi, ainsi lisible dans le clair-obscur d’un vers exceptionnel. Après une brève présentation des recueils du poète sous l’angle parisien, on s’attachera à quelques poèmes révélateurs de l’échange entre l’écrivain et la capitale, pour montrer leur influence au cœur de la poétique des recueils.

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3° séance : Paris, nouvelle Babylone ou future Jérusalem ? L’élan claudélien [1 séance]

On parcourra au cours de cette séance les deux versions de La Ville de Paul Claudel : d’une version à l’autre, le visage de Paris devient celui, allégorique, de « la Ville ». C’est ce Paris-symbole qu’il s’agira d’étudier, où se joue le drame du déchirement entre destruction et création. Lieu en crise, menacé par le poids du collectif et sa révolte, Paris se mue en un paysage de ruines à la coloration apocalyptique. Mais de ces ruines naissent ensuite les contours d’un espace neuf, qui, comme le suggère le filigrane d’images mythiques et mystiques, prend la forme de la Babylone convertie, la promesse de la Jérusalem céleste : une cité fondée sur l’harmonie entre les hommes et le principe éminemment musical de la composition, tout inspirée d’un Paris où le poète a embrassé une conversion à la fois spirituelle et poétique. La destruction crée ainsi le vide qui appelle l’élan d’une « co-naissance » du monde. Bien plus encore, cette cité jaillie de la performativité de la parole poétique nous invitera à être attentifs à la dimension réflexive d’une pièce qui met en scène le poète dans le décor parisien, interrogeant l’inscription de sa propre parole dans le monde, à un tournant majeur de l’œuvre claudélien.

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4° séance : Paris, décadente ou symbolique ? La plume de Huysmans [2 séances]

Il est difficile de choisir parmi les œuvres huysmansiennes celles qui décrivent le mieux Paris : elles y sont toutes passées. Pourtant, c’est moins le pan naturaliste de l’œuvre qui nous intéresse ici que le versant décadent en sa fascination de l’artifice. Si À rebours est à bien des égards le tournant de l’œuvre huysmansien, traduisant une réorientation littéraire majeure vers le cycle catholique, l’observation de Paris dans les Croquis parisiens donne déjà une tournure originale à l’écriture du romancier qui restera marquée par le poème en prose. Or, cette forme étant par excellence la forme poétique de l’urbain, au prisme de la rêverie, de la déambulation, de l’observation et du discontinu, elle se retrouve souvent dans les romans de Huysmans comme Là-Bas ou En Route, dont on tâchera de présenter quelques extraits en leur écriture ornée. On verra ainsi l’évolution de l’observation urbaine en interrogeant quelques extraits des œuvres où se condense « l’osmazôme de la littérature » huysmansienne (À rebours, chap. XIV), mais aussi grâce à des parallèles avec sa critique d’art, qui nous renseigne sur l’imprégnation esthétique de son regard sur la ville.

 

 

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